LES SCIENTIFIQUES VIENNENT-ILS DE CRÉER LA VIE À PARTIR D'ÉLÉMENTS CHIMIQUES ?
BIOCHIMIE
Certains scientifiques du vingt et unième siècle aimeraient prouver que la vie peut émerger du non vivant, comme le présuppose la théorie évolutionniste. Des chercheurs ont récemment accompli un exploit technique remarquable, élaborant un système de cellules synthétiques capables de remplir quelques fonctions de bases. Mais s'agit-il vraiment de vie artificielle autonome et pérenne ?
En bref♦
Les chercheurs sont-ils parvenus à créer une vie artificielle ?
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Ils ont récemment combiné des éléments de cellules vivantes et obtenu un système capable de quelques fonctions basiques
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Mais ce système n'est ni autonome, ni pérenne : la vie ne peut surgir du non vivant
Récemment, un article a été publié sur un serveur de prépublications, affirmant avoir mis au point une cellule synthétique. Cela a conduit certains à écrire dans les gros titres que les chercheurs avaient créé une « vie artificielle », ou affirmations similaires. Or, lorsqu’on examine les détails, l’impressionnante biochimie et biologie moléculaire qui sous-tendent l’expérience révèlent que les résultats sont loin de correspondre à une cellule vivante.En 2010 déjà, les gros titres annonçaient que des scientifiques avaient créé une « vie artificielle ». (1) Cela a fait beaucoup de bruit lorsque des chercheurs de l’Institut J. Craig Venter ont mis au point leur première version de ce qu’on a appelé la « cellule minimale ».(2) Comme nous allions bientôt le découvrir, ces derniers avaient accompli un exploit technique remarquable, mais ils étaient loin d’avoir créé la vie. En fin de compte, ces chercheurs avaient dû emprunter toutes les instructions et tous les mécanismes de la vie existante, en plus de la structure cellulaire proprement dite, pour créer leur « vie artificielle ».
Faisons un bond en avant jusqu’en 2026 : les gros titres font à nouveau le buzz avec des questions telles que « Les scientifiques viennent-ils de créer la vie ? » Bien que les dernières expériences soient, une fois encore, techniquement très impressionnantes, elles sont loin de constituer une véritable création de vie. Il est intéressant de noter que ces recherches n'ont pas été publiées dans une revue prestigieuse à l’issue d’un processus d’évaluation rigoureux, mais qu’elles ont été mises en ligne sur un serveur de prépublications, appelé bioRxiv (prononcé « bio-archive »). C’est là que les chercheurs peuvent enregistrer leurs travaux et permettre à d’autres scientifiques de les consulter et de les étudier avant leur publication. De nombreux chercheurs utilisent cette voie pour présenter plus rapidement leurs expériences à la communauté scientifique : ils peuvent présenter une prépublication de leur article pendant qu’il suit le parcours du système d’évaluation par les pairs, ce qui peut prendre des mois, voire plus d’un an !
L’article de recherche en question s’intitule « Une cellule synthétique chimiquement définie capable de croître et de se répliquer », un titre qui semble impressionnant. (3) Les affirmations formulées par certaines sources d’information et certains scientifiques sur la base de cet article peuvent donner l’impression que ces chercheurs ont créé la vie. Mais qu’ont-ils réellement fait ?
La chercheuse principale, Kate Amadala, et son équipe l’ont surnommée « SpudCell ». (4) Ce nom sympathique fait référence à un système expérimental qu’ils ont mis au point : utiliser des lipides pour former un compartiment (à l’image de ce qui entoure les cellules vivantes) et y insérer une série de composants afin de doter cette « cellule » de la capacité d’exercer certaines des fonctions des cellules vivantes. Les auteurs sont clairs dans leur texte : SpudCell métabolise les nutriments de façon extrêmement limitée — elle n’est d’ailleurs pas conçue pour cela. L’objectif était ici d’essayer de simplifier les choses autant que possible. Il convient également de noter que les chercheurs eux-mêmes ne prétendent pas avoir « créé la vie », mais seulement une « cellule synthétique ».
On décrit SpudCell comme possédant un « génome » composé de sept ou huit petites molécules d’ADN (appelées plasmides) totalisant environ 90 000 bases d’ADN codant. Mais pour produire des protéines à partir de cet ADN, les chercheurs fournissent à SpudCell la majeure partie de l’appareil déjà assemblé. Par exemple, pour traduire les informations contenues dans l’ARN, ils ont fourni des ribosomes issus de cellules bactériennes. De plus, pour faciliter la réplication des molécules d’ADN, ils ont fourni un ADN polymérase.
L’inconvénient d’un si petit génome est qu’il a fallu fournir au système de nombreux nutriments, protéines, macromolécules et machines moléculaires (comme la polymérase mentionnée ci-dessus). En effet, le système a dû être alimenté en concentrations élevées de ces ressources pour éviter tout effondrement. Afin d’aider les cellules à « grandir » en taille, les auteurs ont acheminé les nouvelles protéines et les mécanismes nécessaires à la cellule à l’aide de vésicules lipidiques capables de fusionner avec la membrane, libérant ainsi leur contenu et augmentant la taille de la membrane.
SpudCell ne peut pas se diviser de lui-même. Les chercheurs ont recours à deux méthodes différentes pour tenter de faire cette division :
- l’une d’elles s’apparente essentiellement à une extrudeuse mécanique qui presse de l’huile à travers un tamis pour obtenir des bulles plus petites — ce qui n’a rien à voir avec la vie !
- L’autre mécanisme utilisait certaines protéines empruntées aux outils biotechnologiques pour tenter de forcer les « bulles » à se diviser.
Les auteurs reconnaissent que ces systèmes ne sont pas parfaits et ne permettent pas une division à l’infini. Le premier mécanisme a permis environ cinq divisions avant que le système ne s'effondre. Le second mécanisme n’a permis qu’une seule division, car il n’y avait aucun moyen de garantir que les composants seraient répartis équitablement.
Cela soulève une autre question importante : les SpudCell ne se divisaient pas toujours de manière homogène, ce qui signifie que l’ADN, les protéines et les autres composants n’étaient pas répartis avec précision comme c’est le cas dans les véritables cellules vivantes. De plus, les auteurs affirment avoir mis en place une forme de « sélection » dans laquelle ils ont créé un avantage génétique, ce qui a permis à certaines SpudCell de prédominer sur les autres au sein du système.
Bien qu’il s’agisse d’un exploit biochimique impressionnant, cela soulève une question : s’il est si difficile de fabriquer quelque chose qui n’est même pas vivant, qu’est-ce que cela nous apprend sur la vie réelle ? Les auteurs ont déployé des efforts considérables pour concevoir minutieusement chaque aspect de ce système expérimental. Leur résultat final, bien que fascinant et impressionnant, est très loin de tout ce qui peut être considéré comme véritablement « vivant ». Bien que je n’aie aucune objection à ce que des chercheurs explorent les limites inférieures des organismes vivants afin de déterminer ce qui rend quelque chose « vivant », je pense que nous devons réfléchir honnêtement à ce qui a été réalisé ici. Ces chercheurs ont emprunté des caractéristiques de cellules vivantes et utilisé des outils créés pour la recherche, puis les ont combinés pour former un système qui ne ressemble que vaguement à un système vivant.
Les chercheurs ont-ils créé une vie synthétique ? Non, pas vraiment. Ont-ils créé la vie à partir de la non-vie ? Certainement pas. Il ne semble pas que nous soyons plus facilement capable de cela à mesure que nous en apprenons davantage sur la vie. Au contraire, ces chercheurs ont involontairement démontré qu’une conception intelligente approfondie est nécessaire, même pour mettre au point un système très simplifié, semblable à une cellule non vivante, tout juste capable d’exécuter quelques fonctions de base.
NOTES - COMMENTAIRESource :
Apologetics Press
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Did Scientists Just Create Life from Nonliving Chemicals? Dr Joe Deweese, biochimiste
Traduction Julie Dalea
1.« How scientists made artificial life » (2010), BBC UK, May 20,
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article BBC news2.D.G. Gibson, J.I. Glass, C. Lartigue, et al. (2010), « Creation of a bacterial cell controlled by a chemically synthesized genome », Science, 329[5987]:52-56,
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publication JCVI3.Nathaniel J. Gaut, Christopher Deich, Brock Cash, et al. (2026), « A Chemically Defined Synthetic Cell Capable of Growth and Replication », bioRxiv,
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étude biorxiv4.Kai Kupferschmidt (2026), « Lab creates new kind of synthetic cell », Science, 393[6806]:12-13,
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Science volume 393
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